Le tissu est choisi, un lin lavé couleur terracotta pour une housse de coussin, et il ne manque plus que le ruban pour la fermeture. À la mercerie, un satin rouille semble parfait. À la maison, à côté du lin, il paraît presque orange et brille comme un cadeau de Noël. Le ruban n’était pas laid : c’est la question posée au départ qui était incomplète.
Avant d’acheter, quelques interrogations font gagner du temps et de l’argent. Elles valent pour une robe, un coussin, une couronne de porte ou un emballage. Aucune ne demande d’être coloriste : il s’agit surtout de regarder le ruban dans les conditions où il sera vraiment vu.
Quelle matière va accompagner celle du tissu ?
La couleur d’un ruban dépend autant de sa matière que de sa teinte. Un satin réfléchit la lumière et éclaircit la couleur sur ses arêtes. Un gros-grain, avec ses côtes, absorbe davantage et paraît plus soutenu. Un velours fonce encore la teinte selon le sens du poil, et un organza laisse voir ce qui se trouve dessous.
Sur un tissu mat comme le lin, le coton ou la laine, un ruban mat ou légèrement texturé s’accorde plus naturellement. Le satin crée un contraste de brillance, ce qui peut être voulu, mais il faut le décider plutôt que le subir. Dans l’exemple du coussin, un gros-grain de la même famille de couleur aurait été plus discret.
Sous quelle lumière l’objet sera-t-il vu ?
Deux couleurs qui semblent identiques sous l’éclairage d’une boutique peuvent se séparer franchement à la lumière du jour. Ce phénomène porte un nom, le métamérisme, et il touche particulièrement les textiles teints avec des colorants différents.
Le réflexe simple consiste à emporter un petit échantillon du tissu et à comparer près d’une fenêtre, ou à demander à sortir le ruban sur le pas de la porte. Pour une robe de cérémonie portée en extérieur, c’est la lumière du jour qui compte. Pour une décoration de table de fête, c’est plutôt l’éclairage chaud du soir.
Cherche-t-on un accord ton sur ton ou un contraste ?
Il y a, en gros, deux grandes stratégies. Le ton sur ton choisit un ruban de la même famille que le tissu, un peu plus clair ou un peu plus foncé : effet sobre, élégant, difficile à rater si l’on reste proche. Le contraste va chercher une couleur éloignée, souvent la complémentaire sur le cercle chromatique : un bleu canard avec un tissu rouille, un vert olive avec un rose poudré.
Le contraste réussit mieux quand l’une des deux couleurs est nettement moins saturée que l’autre. Deux teintes vives et opposées se battent ; une teinte vive et une teinte sourde se répondent.
Pour visualiser ces accords avant de partir en mercerie, un générateur de nuanciers en ligne permet de composer une palette à partir d’une couleur de départ, d’en tester les harmonies et de l’exporter, ce qui aide à garder une trace des teintes retenues.
Combien de couleurs le projet peut-il supporter ?
Sur un petit objet, deux couleurs suffisent largement, trois au maximum. Une règle souvent utilisée en décoration, et qui fonctionne aussi en couture, répartit les teintes à peu près ainsi : une couleur dominante, une secondaire, et une touche d’accent qui occupe une petite surface. Le ruban joue presque toujours ce rôle d’accent.
C’est pour cette raison qu’un ruban très large ou multicolore déséquilibre facilement un ouvrage : il cesse d’être une touche et devient une deuxième couleur dominante. Sur une housse de coussin de 40 centimètres, un ruban d’un à deux centimètres de large reste à sa place.
La largeur joue aussi sur la couleur perçue. Une même teinte paraît plus intense sur un ruban de quatre centimètres que sur un biais de six millimètres, simplement parce qu’elle occupe plus de place dans le champ de vision. Si l’on hésite entre deux nuances, la plus douce convient souvent mieux à un ruban large, la plus vive à un passepoil ou un liseré fin.
Le ruban supportera-t-il le lavage du tissu ?
La question paraît terre à terre, mais elle sauve bien des projets. Un ruban cousu sur un vêtement ou une housse lavable doit supporter la même température que le tissu, sans dégorger ni rétrécir. Le satin polyester tient en général bien le lavage ; certains rubans de coton ou de velours peuvent rétrécir ou perdre leur couleur.
Les informations d’entretien figurent rarement sur une bobine vendue au mètre. Dans le doute, on demande à la mercière, ou l’on fait un test sur quelques centimètres.
Le test le plus utile tient en dix minutes : trempez un bout de ruban dans un bol d’eau tiède avec un peu de lessive, posé sur un carré de tissu blanc. Si le blanc se colore, cousez-le sur un objet qui ne passera jamais en machine, ou changez de ruban.
